Xela et Zunil

La journée commence par un petit déjeuner sur notre terrasse qui domine la ville. Je dis notre car il est déjà 8h et à présent l’auberge semble désertée. 9h, notre chauffeur personnel passe nous prendre pour nous conduire à 45 minutes de là sur le volcan Zunil. Une fois la ville de Zunil atteinte il nous confie à son fils Sergio. Il a 24 ans et ne dispose pas encore de sa licence de taxi mais travaille avec son père. En même temps, lui, souhaite être cuisinier. Oignons, salade et autres légumes verts habillent les flancs des montagnes. En observant les gens dans les champs on se demande comment ils peuvent rester debout tellement c’est abrupt. Nous voilà devant les FUENTES GEORGINAS. C’est le caudillo fasciste Jorge Ubico Castañeda qui dans les années 30 a décidé de faire construire ce lieu de détente au prénom de sa femme. Tirant profit des abondantes sources d’eau naturellement chaude du volcan Zunil les aménagements attirent bon nombre de familles environnantes. Premières sur site, de nombreux mayas nous on rejointes dont une famille qui accompagnait le grand père pour les bienfaits de l’eau. Un peu tard, nous découvrons la présence d’un sentier qui permet de grimper au cœur de cette nature abondante et luxuriante. Alors un peu de crapahute mais dommage nous n’avons pas le temps d’atteindre le mirador dont la présence n’est indiquée nulle part. Si je n’avais pas posé la question au garçon du café nous aurions également ignoré sa présence. Une bonne trempette dans cette eau soufrée et nous retrouvons Sergio. Père de jumeaux, il vit avec sa famille chez ses parents avec son jeune frère comme il est coutume de vivre ici.
De retour à Xela toujours appelée de la sorte par fidélité à son appellation maya originelle Xélajú, j’ai une petite faim. Pour mémoire nous sommes dans le département de Quetzaltenango, dans sa capitale homonyme. Aujourd’hui nous testons la cantine du marché et bien pour 2 euros le menu ce fut une franche réussite. Un bouillon de légumes avec carottes, chayottes, et quelques grosses pâtes largement parfumé à la coriandre suivi d’un poisson frit accompagné de riz aux légumes, de concombres et d’une pomme de terre et le tout très bien présenté. Pour boire, un verre d’eau de riz aromatisé à la cannelle et du lait et bien c’est très bon. Pas de photos pour profiter des sourires et des échanges avec nos voisins autochtones en tenue traditionnelle. Allez, il est temps de digérer tout ça ; Martine m’embarque à travers la ville pour visiter le cimetière. En toile de fond le volcan Santa Maria qui nous a déjà accompagnées sur la route de Zunil. Un salut à la tombe de Vanushka une gitane délaissée par son riche amant et morte le cœur brisé. Sa tombe est toujours fleurie car les gens en mal d’amour la visitent pour conjurer le sort. Nous prenons à présent la direction du centre interculturel logé dans l’ancienne gare qui n’a fonctionné que 3 ans avec un train électrique dans les années 30. Suite à l’effondrement d’un pont, l’état n’a pas voulu financer les réparations et ce fut la fin de cette ligne ferroviaire. Dans la gare on trouve Rodrigo Diaz, le directeur du centre, endormi dans son atelier d’artiste. À son réveil il nous accueille chaleureusement et nous déballe une partie de ses œuvres. Peintre de renom, il expose régulièrement en Europe et sera à Montpellier au mois de juin. Nous poursuivons par la visite du musée Ixkik qui signifie Pierre angulaires de la culture Maya. Tenue par des bénévoles, cette exposition de tenues vestimentaires mayas dont la diversité est impressionnante est le résultat de 8 ans de travail de deux femmes. C’est l’une d’entre elles qui nous reçoit et c’est parti pour une heure et demie d’informations pertinentes tant sur l’histoire que les coutumes, les symboles et l’origine des couleurs employées dans les vêtements. A savoir que même si les tenues ressemblent aux gravures des temples mayas, l’historien guatémaltèque Severo Martínez Peláez en attribue l’origine à la tragédie humaine de la conquête espagnole. En effet, les conquistadors espagnols imposèrent aux indigènes qu’ils avaient réduits en servage de porter des costumes dont les couleurs permettaient de déterminer à quel domaine et donc à quel propriétaire terrien ils « appartenaient ». Et rappelez-vous que cet esclavage n’a pris fin qu’en 1984 et que ce n’est qu’en 1996 que la guerre civile qui a coûté la vie à plus de 200 000 guatémaltèques s’est terminée. Retour vers notre auberge avec une escale dans un mole ultra moderne que nous avons découvert par hasard en cherchant un cinéma. Mais comme la programmation ne nous a rien dit, nous sommes retournées sagement sur notre terrasse bar beaucoup plus animée que ce matin.
Demain un nouveau départ vers d’autres horizons
Excellente journée à tous