Le nez de l’indien et Santiago

A savoir, le lac Atitlan a été formé il y a 85 000 ans lors d’une énorme éruption volcanique qui a projeté des cendres de la Floride à l’Équateur. C’est le lac le plus profond d’Amérique Centrale avec ses 350 mètres. Une des randonnées incontournables du lac consiste à grimper sur le nez de l’indien. L’indien, c’est la photo de la montagne à l’envers que je vous ai jointe. Normalement celle-ci s’effectue au lever du jour avec un départ à 3h du matin. Pour nous ce sera un démarrage avec Lucas notre chauffeur tuktuk à 8h30. Non mais ! le petit déjeuner c’est sacré. Direction les différents petits villages accrochés à la montagne pour rejoindre le départ de la ballade. Enfin pas si simple le démarrage, notre Lucas ne connaît pas grand-chose alors il s’arrête chez lui pour demander la direction à sa sœur qui au final embarque avec nous. Nous arrivons sur le chemin du point de vue, aidé par notre GPS je repère un belvédère 100 mètres plus bas et dont l’accès semble gratuit. Nous sommes dans la zone fréquentée par des pirates de chemin qui rançonnent les touristes non accompagnés. La sœur de notre chauffeur qui n’a de cesse de nous claironner qu’elle est guide ne m’inspire aucune confiance et passe son temps à trouver des combines pour augmenter notre prix de journée déjà négocié avec son frère. Je vois deux gars du coin qui sortent du sentier, je pars leur parler. Évidemment ils se présentent comme les propriétaires des lieux et contre une modique somme se proposent de nous conduire. Allez hop c’est parti avec eux et nous laissons nos gardiens de tuktuk sur place. Mikaël, Racinto et Panch le chien font office de supers guides et gardes du corps en même temps. Racinto me précise qu’avec sa machette nous sommes en sécurité mais qu’en général les pirates guettent les touristes au lever du jour, comme quoi c’est une bonne idée de petit déjeuner avant de partir. Ils sont fermiers en tout genre et actuellement c’est la récolte du café. Les endroits les plus escarpés sont aménagés avec une corde qui facilite grandement la grimpette. Nous allons passer de mirador en mirador mais nous nous contenterons de la bouche de l’indien. Le nez nécessitant de la crapahute à risque de là où nous sommes. Retour au point de départ où nos zozos nous attendent. Nous rebroussons chemin en prenant le temps de circuler dans les ruelles qui nous dévoilent sans cesse de belles scènes de vie mais sans photos par respect. Une fois à San Juan l’ambiance chauffe dans le tuktuk ; la frangine a une nouvelle fois inventé une taxe que je m’empresse de vérifier auprès de la population. Cette fois-ci s’en est trop, je donne à Lucas ce que je lui avais promis et nous décidons de finir seules la découverte du village avec l’intention de rentrer à pied à San Pedro. Finalement nous utiliserons les services d’un autre tuktuk pour franchir la zone de route non revêtue pour éviter un bain de poussière. Déjeuner tardif à la cantine du marché de San Pedro qui s’avère correct sans plus en comparaison de celui de Xela. Retour à notre hébergement pour boucler nos petits sacs car je viens d’avoir le guide du tour pour demain et comme il part de Santiago à 6h du matin, hé oui là il n’y a pas le choix. Nous devons donc nous y rendre pour dormir. Pratique nous avons deux logements ce soir. Il fait chaud, les oiseaux gazouillent au-dessus de la tête de Martine qui somnole dans le hamac pendant que je vous écris avec une petite bière. Le bateau part à l’autre bout de la plage, il est temps de se mettre en route. Pas le temps de récupérer nos vêtements déposés à la laverie ; en même temps cela tombe bien car on ne se rappelle plus de la rue comme c’était en tuktuk ce matin. Au pire je rappellerais Lucas ! Nous voilà embarquées, le bateau affiche complet. Une demi-heure de traversée et nous posons un premier pied à Santiago qui au premier abord semble sans intérêt. Les vestiges d’un parc avec ses différents espace de convivialité noyés en partie dans le lac sont les témoins de l’époque où les eaux du lac étaient plus basses de 5 mètres. Repérées par Pablo, un chauffeur de tuktuk, nous acceptons ses services. En sa compagnie nous avons visité plusieurs chambre d’hôtel avant d’en choisir une en plein centre tenue par Suzana, une femme adorable. Ensuite notre super Pablo nous a organisé une visite guidée de sa ville avec beaucoup d’émotions sur l’histoire de celle-ci et évidemment de son peuple Maya. Pas le temps de tout vous conter, alors en bref, le moine San Francisco qui a aidé la population en sauvant des enfants a aujourd’hui son cœur enterré dans l’église. Nous sommes passés par la place de la Paix où ont été exécutés les derniers martyrs maya en 1990. C’est ici à Santiago qu’a été signé le premier traité de paix grâce à une mobilisation de toute la population. Ensuite, l’effet boule de neige a mis 6 ans à gagner l’ensemble du pays. Ce que je vous raconte ne vaut rien mais sortie de la bouche et des tripes de ce garçon qui tient l’histoire de la ville de ses parents c’est juste de l’émotion. Un passage à la laverie locale toujours dans le lac mais juste à côté d’un bâtiment flambant neuf que les femmes refusent d’utiliser. À présent qu’elles disposent toutes de l’eau courante à la maison, elles ne perçoivent pas l’intérêt d’aller se renfermer dans ce hangar alors qu’elles peuvent laver chez elles. En revanche le lac, c’est conserver les coutumes et surtout le lien social. Et linge ou pas elles se retrouvent tous les soirs. Notre dernière visite fut pour le grand-père bien aimé, Maximón (Rilaj Maam pour les mayas ou San Simon pour les espagnols). C’est une divinité vénérée dans toute la région des hautes terres, à l’origine les différents sages se sont retrouvés pour invoquer les arbres à la recherche d’une force qui permettrait de venir à bout de la malédiction dont était victime le village. Un arbre a réagi et a accepté d’être sacrifié pour anéantir les mauvaises ondes. Dans cet arbre a été taillé l’abuelo. Au moment de la domination espagnole, ceux-ci cherchaient à le détruire. Pour le sauver, les mayas le changeait continuellement de maison. Et aujourd’hui encore il déménage tous les ans, en mai il est hébergé dans la maison d’une des confréries de la ville. Deux accompagnateurs sont assis à ses côtés et lui allument ses cigarettes tandis que le chaman déclame en maya les requêtes des gens. Ballade dans le centre doté d’une animation extraordinaire et aucun touriste en vue ; on se demande avec qui nous allons effectuer notre tour demain. On a suivi un des hommes du village pour réussir à prendre en photo son super pantalon brodé d’oiseaux. Deux mois de travail sont nécessaires à l’exécution de cet ouvrage. Et seulement 5 pour cent de la population masculine peut encore s’en offrir. Les autres portent des modèles plus simples ou en copie.
Bonne lecture à demain et joyeux anniversaire à ma fidèle lectrice Jacqueline