Xchilan frontière Guatemala

6h, un premier van nous dépose en ville où nous rejoignons nos compagnons de route pour la journée. Nous sympathisons tout de suite avec un couple de portugais vivant en Espagne. Deux heures plus tard après avoir traversé quelques villages paisibles, nous faisons l’escale petit déjeuner. Une heure et demie de route complémentaire est nécessaire avant de changer de véhicule pour rejoindre l’embarcadère des lanchas Face à nous se dresse le Guatemala. Ici il est facile de changer de pays puisqu’il s’agit d’une frontière libre. En revanche pour les migrants, il est nécessaire de faire appel à un passeur pour éviter la douane volante de Palenque, ville de passage obligatoire pour rallier le reste du Mexique. Mais franchement de ce que nous en avons vu cela semble facile. Hop embarquement pour une heure de navigation cernée par la jungle des deux pays pour accéder au site de Yaxchilan. Perdue dans la jungle cette cité Maya nous éblouit par sa conservation. Accompagnés de Jésus, notre guide, nous arpentons un labyrinthe à la lueur des lampes des téléphone. En l’absence de réseau, ils restent utiles ! La pénombre est toute fois suffisante pour éviter chauve souris et araignées géantes. 3km de déambulatoire pour explorer 2 % du site à travers cette forêt vierge qui n’existait pas à l’époque des Mayas. Une particularité de construction qui reste inconnue à ce jour permet de maintenir les pierres et curieusement empêche les racines de pénétrer à l’intérieur des bâtiments. Un savoir faire exceptionnel sur lequel aucun ingénieur ne s’est encore penché. Après le déjeuner nous partons découvrir les plus belles fresques dont les peintures ont résisté au temps sur le site de Bonampak. Cette fois-ci c’est Benicio qui nous guide. En dépit de tels prénoms la majorité des mexicains issus des Lacandons ne sont pas croyants. Ce qui se comprend lorsque vous passez la journée à décrire comment les gouvernants de l’époque Maya dupaient le peuple pour assouvir leurs besoins financiers (comme quoi rien ne change…) Ils utilisaient leurs connaissances astronomiques pour impressionner la population en invoquant les dieux les jours de solstices. Leurs femmes se perçaient la langue et y faisaient glisser une corde laissant couler le sang en guise d’offrande. Telle une dynastie les dirigeants Mayas se mariaient entre eux occasionnant de beaux résultats de consanguinité. Ils ont tout de même réussi à être plus grands en taille ce qui amplifiait leur statut d’être suprême. Une fois par an pour s’enquérir de leur protection les villageois leur versaient un paiement en fèves de cacao. Cependant, ils croyaient fermement à la connexion des mondes et tous les 52 ans (date qui correspond à un cycle calendaire) un tournoi de jeux de balles était organisé et cette fois c’est le vainqueur qui gagnait l’honneur d’être décapité. Car tout comme les têtes de mais sont coupés pour accentuer la fertilité, l’homme vainqueur allait pouvoir bénéficier d’un renouveau. La balle du jeu maya pesait environ 3kg et était fabriquée en caoutchouc que leur procuraient les arbres hevea. Nous avons même vu la plante « palma calmadora quelque chose » dont est issue la teinture verte du dollar américain et l’arbre à chewing-gum.
Il est à présent 17h et nous allons toutes les quatre avec Henning, un chorégraphe de New York être déposés dans notre village lacandon. Nous imaginons pénétrer un lieu sacré cerné de multitudes robes blanches pour les hommes et décorées pour les femmes. Ah non ce n’est pas ça, nous sommes déposés à l’auberge du village où des cabanes ultra confortables nous attendent. Bon le lieu est paisible mais notre zapatiste d’opérateur nous avait dit d’aller à la rencontre des gens. Hop direction un petit chemin bercé d’une musique pop qui s’évade d’une enceinte équipée d’une boule à facettes. Personne autour, elle semble abandonnée sur sa terrasse. Nous poursuivons pour atteindre une bâtisse bleue, c’est l’église en face de l’école et de l’épicerie du village. Personne non plus, la nuit commence à poindre nous prenons l’option épicerie où Pedro nous accueille en sortant 4 chaises. Commencent alors les présentations et un blabla sur le village. Pedro est de Palenque, il a épousé une lacandona et s’est établi ici. Désormais il est devenu fermier, chauffeur de taxi et épicier. Pas de bière à vendre dans le village alors en ami, il me propose de me conduire au seul endroit du coin pour en acheter. Nous voilà 10 km plus loin dans un restaurant aussi calme que le village. Retour à l’hébergement apéro bière et dîner.
Ce matin, c’est Célia qui est passée nous prendre pour parcourir une dizaine de kilomètres dans la jungle avec une petite pause baignade au milieu des ruines de la citée perdue. Extraordinaire ce massage naturel dans un recoin de la cascade au pied d’un vestige maya le tout à l’abri des regards. Cela tombe bien car je suis en sous vêtements mais en version petit bateau cela ne choque personne. En plus de parfaire nos connaissances sur les lianes dévoreuses d’arbre, elle nous conte son histoire. Elle nous apprend qu’il reste 50 familles Lacandon qui vivent autour du village de Lacanja et lorsque je lui parle de Pedro, aussi sec elle rétorque sur un ton que je ne qualifierai pas d’aimable « il n’est pas d’ici ! » Elle confirme que seuls quelques anciens ont conservé la tenue traditionnelle. Elle a appris l’espagnol avec les visiteurs en revanche ses enfants l’ont appris à l’école. Elle trouve positive cette évolution due au développement du tourisme mais déplore que la fierté d’être Lacandon ne se ressente pas chez ses enfants. Elle craint également que la langue se perde car ses petits-enfants ne la pratiquent pas avec leurs parents qui souhaitent qu’ils soient parfaits en espagnol et qu’ils apprennent l’anglais. Je lui explique que des études prouvent qu’un enfant bilingue développe sa capacité à étudier d’autres langues. Heureuse de cette information elle retourne chez elle en faire part à ses enfants. Les mexicains de Mexico présents lors de notre discussion me disent « Isabelle tu viens peut-être de sauver la langue Maya. » Comme quoi tout est possible. Voilà notre aventure confortable s’achève avec une sieste hamac en attendant le passage du van qui va nous reconduire à Palenque.
Bonne journée à tous